PAGE LITTERAIRE, CONSACREE A LA GRANDE GUERRE PATRIOTIQUE 

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Nous sommes de plus en plus loin des années de la Grande Guerre Patriotique, mais le temps est incapable d’effacer de la mémoire de l’humanité le courage des Soviétiques.
Il n’y a pas un seul jour de cette guerre qu’on aurait pu rayé de la mémoire du peuple. Chaque jour de la guerre a été un exploit des millions.
Depuis de nombreuses années la litérature scrute attentivement l’image de la Patrie combattante, crée les annales artistiques de la guerre. Les écrivains et las millions d’électeurs ont toujours éprouvé un vif intérêt pour le thème de la guerre. Elle a toujours attiré et attirera l’attention soutenue des générations actuelles et futures.
Dès les premiers jours de combats la chronique de la Grande Guerre Patriotique a commencé à se former. Les écrivains soviétiques ont été avec le peuple dans les moments les plus difficiles pour la Patrie, ils ont pris part aux combats. Plus de 200 sur 1000  littéraires, membres de l’Union des Ecrivains soviétiques partis au front ne sont pas revenus. Les reporteurs militaires ont été encore plus nombreux à périr...
Les hommes de lettres soviétiques ont le grand mérite d’avoir écrit les annales artistiques de la Grande Guerre Patriotique. Commencée par des essais, des récits, des articles de publiciste, des poésies, elle a pris avec le temps les formes de nouvelles, de romans, de pièces et de poèmes.
Certains ont écrit de grandes oeuvres. Comme Mikhaïl Cholokhov, Alexeï Tolstoï, Léonide Léonov, Alexandre Tvardovski, Nikolaï Tikhonov, Alexandre Fadéev, Constantin Simonov et d’autres.
Nos belles-lettres, tout comme l’ensemble du peuple, gardent sacrée dans sa mémoire raconnaissante l’image des soldats soviétiques qui ont donné leur vie sur les champs de bataille en Russie et en Europe.

 
LA CHRONIQUE POÉTIQUE DE LA GRANDE GUERRE PATRIOTIQUE
 
                  ANNA AKHMATOVA (1899-1966)   
Anna Arhmatova est l’apanage de la culture mondiale. Elle a laissé au monde son âme poétique, ses lignes perçantes consacrées à l’amour, aux tragédies de l’amour. La poésie d’Akhmatova est ensoleillée, simple et libre. C’est la soeur de la belle poésie de l’Ellas. Elle a un rythme et la musique tout diférents mais est non moins prophétique et éternelle.

 
SERMENT

 
Celle qui aujourd`hui quitte son bien-aimé
Qu`elle refonde sa douleur en force.
Nous jurons à nos fils et nous jurons aux tombes
Qu`à nous mettre à genoux nul ne peut nous contraindre.

 
1941

 
LE COURAGE

 
Nous savons quel est aujourd`hui l`enjeu,
Ce qui s`accomplit à cette heure.
L`heure du courage a sonné à notre horloge
Et il ne nous abandonnera pas.
Point ne craignons de tomber sous les balles,
Et rester sans abri n`est pas amer,
Et nous saurons te préserver, ô langue russe,
O toi, grand verbe russe
Nous te garderons libre et pur
Et nous te donnerons à nos petits-enfants,
Et nous te sauverons de l`esclavage
                                A jamais!

 
1942 
Traduit par Michel Rygalov

 
                  CONSTANTIN SIMONOV (1915-1979)

  
 
L’écrivain, le dramaturge et le publiciste connu. Dans les années 40 il a été l’un des poètes soviétiques jouissant d’une plus grande popularité. La poésie lyrique de Simonov est très profonde. Elle est concrète, brillante et publiciste en même temps. Simonov est 6 fois lauréat du Prix d’Etat.
a Alexei Sourkov

 
 
Souviens-toi, Aliocha! Près de Smolensk, ces routes 
Flagellées par la pluie, interminablement.. . 
Ces femmes, nous offrant des pots de lait que toutes 
Serraient contre leur sein comme on porte un enfant.

 
Et ces larmes furtives, essuyées à la hâte 
En chuchotant : “Que Dieu vous protège, pays !” 
Et reprenant ce nom oublié de soldates 
Des femmes de soldat de l'ancienne Russie.

 
Mesurée plus qu'en verstes en larmes amères, 
La route nous menait de coteau en coteau. . . 
Village après village, hameaux et cimetières, 
Comme si la Russie n'était que des hameaux ! 
Comme si, aux croisées des chemins solitaires, 
De leurs bras ecartés en croix, nos trisaïeux, 
Protegeant les vivants, élevaient leurs prières 
Pour leurs petits-enfants qui ne croient plus en Dieu,
Je crois bien, pour ma part, que la terre natale 
Est bien moins dans nos gaies demeures d'autrefois, 
Que dans ces durs chemins, ces routes vicinales 
Foulées par nos aïeux, avec leurs croix de bois.

 
Moi, l'infinie tristesse des routes campagnardes, 
De village en village, c'est la guerre, crois-rnoi, 
Avec ses chants de femmes et ses veuves hagardes 
Qui me les a montrés pour la premère fois. 
Souviens-toi, Aliocha! Borissov! Cette vieille 
Aux cheveux blancs, son vieux manteau de faux
                                                                    castor, 
Ce vieux de blanc vêtu, comme pour une veille 
Funèbre et cette fille qui hurlait à la mort. 
Que pouvions-nous leur dire pour apaiser leur peine ? 
Mais comme penetrant en nous, au plus profond, 
Te souviens-tu, la vieille a dit, triste et sereine: 
« Allez, mes fils, allez ! Nous, nous vous attendrons ! » 
« Oui, nous vous attendrons », nous disaient 
                                                                       les jachères,
« Oui, nous vous attendrons », nous repetaient les bois. 
Sais-tu bien, Aliocha, parfois dans la nuit claire 
II me semble que, nettes, j'entends encor leurs voix. 
Ne laissant derrière eux que ruines, que fa?ades 
Calcinées, que décombres fumants, que brûlots, 
Devant nous, sous nos yeux, mouraient nos camarades 
En déchirant leur col dans un dernier sursaut. 
Nous, pour l'instant encor les balles nous epargnent, 
Mais, ayant vu la mort dans toute sa hideur, 
J'étais fier, malgré tout, malgré toute ma hargne, 
De cette terre amère et si chère à mon coeur 
Ou la mort me prendra, ou une mère russe 
Nous a donné le jour, ou, tremblante d'émoi 
A l'heure des adieux, une vraie femme russe, 
Tendrement, à la russe, m'a embrassé trois fois.

 
1941 Traduit par Michel RYGALOV

 
 ALEXANDRE TVARDOVSKI (1910-1971)
 
Lauréat des Prix Lénine et d’Etat, l’un des meilleurs poètes soviétiques. Tvardovski a écrit une multitude de vers et de poèmes, dont le plus connue est «Vassili Terkine» ou le Livre du soldat comme l’a appelé Tvardovski lui-même. Le peuple est le héros principal de toutes les oeuvres lyriques et épiques du poète.

 
A L`HEURE DE LA PAIX

 
Peuples du monde entier, bénissez cet instant
Si longtemps attendu, lumineux, rayonnant
Où s`est tu le faracas des années meurtrières
Qui nous ont tous surpris vivant sur cette terre.

 
Les canons n`ont pas eu le temps de refroidir,
Le sang n`a pas encor été bu par la terre,
Mais c`est la paix enfin. Poussoms un grand soupir
En franchissant la borne ultime de la guerre.

 
1945

 
Si d`autres ne sont pas rentrés de cette guerre,
Si, jeunes ou plus vieux, ils gisent sous la terre,
Ce n`est pas de ma faute, je sais, c`est évident.
Et ce n`est pas non plus qu`on me fasse comprendre
Que j`aurais pu, mais n`ai pas su les mieux défendre.
Là n`est pas la question. Oui, mais, pourtant, pourtant...

 
1966
                            Traduit par Michel Rygalov

 
                     LEONIDE MARTYNOV (1905-1980)

  
 
Le virtuose de la parole. Ses poésies sont pénétrées de musique intérieure. Martynov est le poète de la pensée. Ses sujets sont limpides et originaux. Martynov est l’un des meilleurs traducteur des poètes classiques de l’Europe occidentale et des pays slaves en russe.

 
 
 
 
LE PEUPLE VANQUEUR

 
Les soldats revenaient de la guerre,
Revenaient par le chemin de fer.
Dans les trains nuit et jour ils roulaient.
Ils portaient des blousons que salait
La sueur,qu`impregnait la poussière,
En ces longs journées printanières.
Les soldats revenaient de la guerre,
A Moscou, comme un rêve ils passèrent,
Enivrés de chaleur, de lumière;
Dans les parcs fleurissaient les parterres
Même les éléphants barétèrent
Quands nos gars revenaient de la guerre

 
Revenaient au foyer les anciens,
Revenaient les tout jeunes papas,
Ceux du Don, de Moscou, d`Odessa...
Revenaient les vaillants Sibériens!
Revenaient les vaillants Sibériens!
Les chauffeurs et les mécaniciens,
Les chasseurs, bùcherons et pêcheurs,
Des paisibles vallons les seigneurs...
Revenait tou un peuples vainqueur!...

 
Revenait?
Non!
Allait de l`avant,
S`avan?ait
Tout un peuple géant!

 
1945
                     Traduit par Cyrilla Falk

 
                       ILIA ERENBOURG (1891-1967)

 
Les nouvelles et les romans, les poésies et les poèmes, des milliers d’articles et les traductions, les récits et les mémoires, tel est l’héritage de l’écrivain. Le roman «Julio Jurenito» dont on a beaucoup écrit à l’étranger a rendu l’écrivain largement connu. Les soldats de Stalingrad, d’Amérique, de Grande-Bretagne, de l’Inde et d’Australie ont entendu au début des années 40 la voix d’Erenbourg publiciste...

 
1941

 
Les blindés foulaient l`or des moissons,
Et l`isba brûlait comme un tison.
Les hameaux marchaient... Point ne 1`oublierai
Les cris des télègues qui mouraient,
La fillette aux jambes arrachées
Les chemins restés sans débouchés
Contre l`ennemi cruel,alors
Bois et prés joignirent leurs efforts,
Le chardon se redressa, furieux,
L`arbre même fit le coup de feu;
Les buissons menaient la guerilla,
Et les ponts volaient tous en éclats;
Les aïeux de leurs tombes sortaient,
Aux vivants les balles ils portaient.
Et les siècles, tels des nuées hirsutes,
Affrontèrent corps à corps la lutte.
Les soldats entraient dans la mêlée
Comme ils allaient hier battre le blé,
Et la mort en sa simplicité
- Fruste, antique et sans sublimité -,
Que les gens ne peuvent éviter,
Leur apparaissait, mère attristée,
Le cœur de la terre avait durci.
Les soldats marchaient... Marchaient aussi
Les minerais sombres de l`Oural,
Les troupeaux des monstres de métal,
De Smolensk marchaient les bois touffus,
Et les hâches au tranchant obtus,
Et les champs déserts, au morne aspect,
Grande terre russe, tu marchais!

 
1941
 Traduit par Cyrilla Falk

 
                         YOULIA DROUNINA (1924-1991)

 
Née à Moscou, dans la famille des professeurs, elle a terminé l’Institut des belles-lettres. Pendant la guerre Drounina a été l’infirmière dans un bataillon d’infanterie, a creusé les tranchées et les fossés antichar. Youlia Drounina a reçu la médaille «Pour la vaillance». Elle a commencé a faire les vers pendant la guerre. Ils sont pénétrés de spiritualité, d’esprit d’amitié des soldats, d’entraide, de courage. C’est le point de départ pour Youlia Drounina.

 
Agent de liaison: j`en suis un
Comme naguère
Entre tous les vivants
Et les morts â la guerre.
Et tous ces quinquennats auront beau
Défiler,
La liaison s`améliore, oui,
D`année en année.

 
Oui, j`assure la liaison.
La bataille a cessé, mais mon vers –relation de combat –
M`est resté,
Rescapé des defaites-hécatombes
Sans gloire,
Et des poches vidées,
Et des grandes victoires.
Oui, j`assure la liaison.
Contre vents et marées
De la part des vivants
Je rappporte aux tombes:
“Vous n`êtes pas oubliés,
Ni vos faits, ni vos hommes,
Même ceux dont le nom n`est connu
De personne.”

 
1978 Traduit par F.R.

 
J`ai vu rien qu`une fois un combat corps à corps;
Dans mes rêves, depuis je le revois sans fin.
Si quelque`un prétend qu`à la guerre on n`a pas peur,
C`est donc que de la guerre il ne sait trois fois rien.

 
1943
Traduit par Cyrilla Falk

 
                          BORIS SLOUTSKI (1919-1986)

 
Les premiers vers du poète ont été consacrés à la guerre. Le cycle «Les physiciens et les lyriques» a marqué le début de la  discussion sur le rôle de l’art dans la société contemporaine. Sa poésie est originale, exacte, polémique. Les jeunes poètes ont ressenti l’influence de la poésie de Sloutski.

 
LA MEMOIRE

 
Mes médailles d`abord,
Ensuite les rubans,
Puis l`endroit marqu? sur le treillis expirant,
Comme ma vareuse n`était plus que haillon,
De tout le monde enfin je passai le veston.
Mais la veuve Kovalev ne pense qu`à lui.
Et ses lés de larmes sont mémoire de lui.
Ne pas trouver l`oubli, au bout de tant d`années...
Je ne le devrais pas. Je ne peux m`empêcher.
J`y vais donc, achetant quelques fleurs au marché.

 
Kovaliova Maria, veuve de guerre,
Me dit sur le seuil les mots nécéssaires.
Et devant la porte qu`on m`ouvre, moi:
Salut! Dis-je à Kovaliova Maria.
J`entre, m`assieds, si possible de dos;
Peine perdue, Kovaliov en photo,
On ne l`a pas encore tué, il sourit,
Préside au rendez-vous: son époux, mon ami.
Le thé d`abord est versé dans le verre.
Le thé est bu. Ca n`est pas une affaire.
Rivé à mon banc,
Mes yeux dans ses yeux,

 
Je fais des bons mots, je badine un peu 
Prodigue mes conseils, fin complétant
devant ses deux yeux
ces deux océans.
Et, jugeant Kovaliova Maria remontée,
Repars comme je suis entré.

 
1957
Traduit par Alexandre Karvovski

 
 
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